J4 : Col de Larche – Col de la Lombarde – Col de la Bonette

Col de Larche versant Italien

Col de Larche versant Italien

Après une belle sortie pour admirer le coucher de soleil du haut d’un sommet surplombant le lac, l’heure n’est plus à la rêverie. Ce matin, la journée s’annonce longue et plutôt corsée. Les participants à la PACS déjeunent et savent que la journée sera décisive pour le classement général. Les regards sont fuyants, la tension à son paroxysme : qui aura le mieux digéré les bières de la veille ?

L’étape est franco-italienne. Elle débute à Jausiers, au pied de la Bonette. Le premier col sera le col de Larche pour un passage en Italie puis une montée du col de la Lombarde avec la descente dans la vallée de la Tinée et le retour à Jausiers par le col de la Bonette.

A notre arrivée à Jausiers, le soleil est masqué par les montagnes, il fait froid. Nous sommes à 1 200m en vallée. La route qui grimpe au col de Larche (1 991m) est plutôt longue et facile, les pourcentages faibles. Les plus de 20 kilomètres nous amènent à la frontière avec l’Italie. C’est un très beau col, pas si fréquenté selon la période à laquelle on le grimpe, il est interdit pour les cyclistes de rouler sur environ 200m coté français, mais les différentes personnes qui y travaillent semble tolérantes (en fait, il y a un risque de chutes de pierres, à notre passage des ouvriers travaillaient sur cette portion justement à cause de chute qui venaient de se produire, nous n’avons pas eu de souci pour passer).

Le col de Larche est aussi intéressant pour son histoire.
« Il avait une position stratégique, du fait de son altitude plus faible que les autres cols alpins, et qu’il permet d’atteindre facilement le col de Vars. Il était donc une voie d’invasion naturelle entre la France et l’Italie. Il fait partie des cols qui auraient pu être utilisés en 218 av. J.-C. pour le passage des Alpes par Hannibal.
Au VIe siècle, il est plusieurs fois emprunté par les Saxons et les Lombards lors de leurs invasions du sud-est de la Gaule (entre 569 et 575).
En 1515, l’avant-garde de l’armée de François Ier, commandée par le maréchal de La Palisse passa le col pour aller vers ses conquêtes italiennes. Les Suisses, alliés du duc de Milan et ennemis des Français, gardaient les débouchés des deux seules bonnes routes qui existaient alors au travers des Alpes, celle du Mont-Cenis et celle de Montgenèvre. On trouva plus au sud, au col de l’Argentière (ou col de Larche) un sentier à peine praticable par des chevriers. Trois mille sapeurs y ouvrirent à la fin juillet 1515 un chemin carrossable, où, du 4 au 9 août 1515, en cinq jours, passèrent environ 30 000 fantassins, 9 000 cavaliers, 72 gros canons et 300 pièces de petits calibres. La stupeur fut telle chez les ennemis qu’un de leurs chefs Prospero Colonna, surpris et enlevé par le maréchal Jacques II de Chabannes de La Palice et ses coureurs, demanda si les Français « n’avaient volé par-dessus les montagnes ». À la nouvelle de l’arrivée surprise des Français, les Suisses avaient reculé en toute hâte sur Milan. La rencontre eut lieu à Marignan.
Durant la guerre de Succession d’Autriche et la Révolution, l’armée française installa des dispositifs de défense à Tournoux, carrefour de la route entre la vallée de l’Ubaye, le col de Vars et le col de Larche, pour bloquer les armées autrichiennes et piémontaises.
Du 21 au 26 juin 1793, le col de Larche est attaqué par les Piémontais, puis repris par le général Rossi.
Au XIXe siècle fut réalisé le fort de Tournoux, accroché tel un nid d’aigle à la falaise, pour bloquer une éventuelle armée italienne arrivant depuis le col. Au XXe siècle, des fortifications bétonnées (dépendantes de la ligne Maginot des Alpes) furent ajoutées dans le même but, à Saint-Ours, dans le vallon de Larche.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le col de Larche abrite une des dernières poches de résistance de l’armée allemande, bien après la libération de la Provence, jusqu’au printemps 1945. Du 22 au 25 avril 1945, le 5e régiment de dragons (de la 27e DI) en fait la reconquête pour la France. Face à lui, se trouvent un bataillon de la division italienne Littorio, trois compagnies du 34e bataillon de fusiliers allemand (Füsilier-Bataillon de la 34e division d’infanterie), et de l’artillerie. Après une préparation d’artillerie le 22 avril, les dragons français attaquent le 23 et reprennent le village de Larche. Mais le 24, l’artillerie française est envoyée soutenir l’opération Pingouin qui attaque le col de la Lombarde et les combats cessent. Le col de Larche est évacué par les troupes germano-italiennes dans la nuit du 25 au 26 avril. L’armée française a eu une quinzaine de morts, les Allemands et les Italiens perdant 30 morts et 184 prisonniers. » Source : Wikipedia
Quelque part versant Italien de la Lombarde

Quelque part versant Italien de la Lombarde

La descente du versant Italien est longue jusqu’au village de Pratolungo, pied du colle della Lombarda (2 350m). Le col est annoncé fermé, nous tentons le coup quand même. C’est un col haut placé sur ma « to do list », par sa difficulté (21,3 kms à 6,8% de moyenne) et parce que j’avais eu l’occasion d’admirer ce versant Italien lors d’un passage du Giro (le Tour de France l’a franchi une fois en 2008). Le paysage est magnifique, la route étroite en très bon état. Cela ressemble un peu au colle delle Finestre. Nous croisons des marmottes et peu de voitures. Après une longue montée, j’arrive au Santuario Di Sant’Anna 2010m d’altitude puis continue un peu, la route n’est plus qu’une bande cyclable entourée de neige. Je croise des skieurs de rando, puis Mat, JP et Romain qui étaient devant et qui m’indiquent qu’on ne peut aller plus haut à cause de la neige. Je regarde le GPS et m’aperçois qu’en fait nous nous sommes trompés de route, la Lombarde est sur un autre versant. Nous rejoignons la bonne route du col, non indiquée, après une montée en trop d’environ 1,5 kms à 10%. Il y a des branches un peu partout sur la route et nous hésitons à tenter d’aller jusqu’au col. En plus, un cycliste Italien redescend justement et nous indique qu’il est impossible d’aller beaucoup plus haut. Personnellement je n’hésiterais pas et je tenterais, mais d’autres hésitent, proposent de redescendre et de revenir par le col de Larche… Je n’insiste pas beaucoup car on ne sait pas combien de temps il faudra marcher dans la neige, et il faut penser à l’autre versant dont on ne connait pas l’état.

Finalement, on se lance. La route devient impraticable à environ 2 000m d’altitude. Un motard tente d’avancer malgré la neige. Nous y allons aussi. Cela va nous prendre des forces et pas mal de temps. Heureusement, parfois la route est praticable. Après une longue marche, nous arrivons au col. Personne. Des marmottes courent et crient sur la neige. Nous sommes contents d’être en haut. En plus, le versant Français est en cours de déneigement et la marche sera moins longue. Un peu avant la station d’Isola 2000, un employé qui déneige s’intéresse à notre journée. A la station, Romain crève. Il répare mais son pneu a éclaté, il devra rouler avec en espérant que cela ne s’aggrave pas et en attendant St Etienne de Tinée, où un vélociste sera peut-être ouvert. Nous mangeons et sommes arrêtés un bon moment. La descente jusqu’à la vallée est sympa mais c’est une route de station et ce versant est moins intéressant que le versant Italien.

Col de la Bonette

Col de la Bonette

Les 15 kms en vallée se font plutôt bien. Il y a une piste cyclable qui me rappelle la première fois où je l’ai empruntée lors de la traversée des Alpes. On peut l’utiliser jusqu’au village de St Etienne, option que nous ne prenons pas (il y a une bonne montée par la route principale juste avant le village). A St Etienne, nous ne trouvons pas de vélociste ouvert, il est déjà 18h00. Nous buvons un coup avant de nous lancer sur la route du col de la Bonette (2 715m). La montée est belle et paisible. A ce moment de la journée, nous sommes presque seuls, c’est un vrai plaisir. J’arrive largement avant les autres et en bonne forme mais je m’étais bien économisé sur les 2 cols précédents (photos et douleur au ventre depuis 2 jours). Le point haut de la route est encore en cours de déneigement. Nous assistons au coucher de soleil du col, il fait aussi froid que le matin à Jausiers. La descente est longue, nous arrivons sans croiser personne à Jausiers à la nuit tombante. La journée a été vraiment belle.

Fin de journée

Fin de journée

rédacteur du site
  1. Idris
    Salut Bast,Quel beau récit cette sortie!!! Epique avec la neige dans la Lombarde et tout ça!!Les paysages sont superbes! Sacré dénivelé que vous avez fait!!Et le coucher du soleil au sommet du col de la Bonette, ça doit être un régal pour les yeux!
  2. Bast
    Une journée comme on devrait en faire plus souvent, enfin, sauf pour les kilomètres dans la neige quand même :)
  3. JMG
    Bonsoir Bast,Je découvre ton blog ce soir ; il vaut mieux tard que jamais. Les photos sont exceptionnelles ; comment se concentrer à ce point sur l'objectif, sur l'environnement... après les efforts ?? A noter aussi que je suis très surpris par l'état d'enneigement ; tu indiques pour le J1 (larche-Lombarde-bonette)et J4 (cayolle-champs-allos) des dates comprises entre 20/07 et début août. Tous les ans, y compris en 2014, je fais ces parcours de part en part début mi-juin, fin juin et fin juillet et je n'y ai jamais vu autant de neige en cette période...et je n'ai jamais eu de soucis d'enneigement pour passer de col en col (cette année et fin juin, on a juste trouvé un petit problème pour atteindre la cime de la bonette).Pour les reste blog et photos redonne une violente envie de préparer son vélo avec les roues de montagne. Bien amicalement et sportivement. JMG
  4. Bast
    Bonjour Jean-Marie, merci pour ton message et les compliments ! Bon, tu m'as démasqué, en réalité, je suis assez doué avec Photoshop et j'ai rajouté de la neige un peu partout sur les photos, c'est quand même beaucoup plus beau avec que sans tu trouves pas ? Plus sérieusement, il ne faut pas se fier à la date de publication des articles. Je peux très bien publier un article 3 mois après la sortie... En général, je note en début d'article la date de la sortie. C'est le cas pour la première journée (premier article) de cette semaine de vélo. On avait fait Cayolle - Champs - Allos le premier jour, le 1er juin 2014. Pour la sortie avec les cols de Larche, de la Bonette et de la Lombarde, c'était J4 (4ème jour), donc le 4 juin 2015. A cette date, il reste un peu de neige avec l'altitude et malgré la relative douceur du climat. C'était surtout le cas pour le col de la Lombarde qui récupère plus de neige venant avec la Lombarde justement. Voilà pour les explications :) C'est vrai que tout ça donne envie de refaire quelques beaux cols !
  5. Clément
    Bonjour Bast,En recherchant de récits de l’ascension du col de Larche, je suis tombé sur ton inspirant récit de vos aventures dans le Mercantour. Les photos nous font rêver! Bref, je suis actuellement en voyage à vélo avec ma copine et notre petite fille dans la remorque (pour tous les détails, voir notre blogue : www.enjolivelo.com). Nous cherchons un passage pour nous faufiler en Italie!Nous venons d'apprendre que le col de Larche est "officiellement" fermé aux cyclistes... Ça tombe mal car c'est aussi l'un des passages les plus "faciles". Est-ce que tu penses que c'est fou de passer par là avec des vélos chargés? Ou sommes-nous mieux de remonter nos bretelles pour passer par Bonnette + Lombarde ou encore Vars + Agnel ?Merci d'avance!
  6. Bast
    Bonjour Clément, merci pour ton message ! Concernant le col de Larche, il y a des panneaux au pied interdisant les vélos sur la route. La faute à un court passage où des éboulements se produisent semble t'il de temps en temps. De mémoire il y a des feux qui s'allument en cas de chutes de pierres, cela permet de sécuriser un peu plus les voitures mais pour les vélos ils sont plus lents alors c'est plus risqué de se dégager... Je sais que pas mal de cyclistes passent malgré tout par cette route... A vous de voir... C'est une portion de 200m... Personnellement je me suis bien plus senti en insécurité dans d'autres cols. Les autres routes dont tu parles sont également magnifiques, mais niveau difficulté c'est d'un autre niveau. Bon courage dans votre périple :)

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